06.03.2006

Tanger le soir

il y a eu casablanca....pourquoi pas tanger, ne serait-ce que pour faire plaisir à Mehdi en attendant le retour de Momo et d'abdel

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De la mer s'élevaient, en embruns parfumés de varech, les premiers reflets d'un crépuscule livide.
C'était l'heure où la ville baissait la voix pour me murmurer quelques bribes de fastueux souvenirs, à travers chaque fissure de ses murs crépis par la sensuelle caresse du regard des hommes.
C'était l'heure où, l'ombre de Paul Bowles planait sur le café de la plage en odeurs de girofles et de jasmin et où le ciel reflétait le regard enflammé d'un Matisse ou d'un Delacroix.


C'était enfin l'heure où, je me sentais libre d'errer dans mes souvenirs collés en affiches défraîchies sur les murs peints à la chaux. Des recoins de chacune de leurs craquelures, s'écoulait suavement le nectar de ces délicieux moments, emprisonnés à jamais dans la pierre, mosaïque d'un rêve éveillé. Grisé par leurs odeurs, je déambulais l'allure fière de fouler ces pavés tant aimés. Ils me transportaient délicatement vers la plage, où tous ces souvenirs venaient perpétuellement s'étaler en vagues grisantes d'une nostalgie douce-amère.
L'ombre naissante enfantait un corps recroquevillé sur le sable humide de la grève. A quelques mètres à peine, une autre âme échouée sur le sable grelotte les mains entre les genoux, faisant vibrer l'air de la complainte silencieuse de ces enfants du sable.


Leur nombre augmentait de jour en jour sur les plages du détroit, où venaient s'échouer leurs rêves chimériques d'un lendemain meilleur, au delà de l'espoir aux couleurs de brume.


Je regardai le ciel. L'ombre du soir montait à l'assaut de la lumière fatiguée d'un jour agonisant, lacérant de griffes noires son manteau doré. Je regardais disparaître dans le firmament taché d'un sang aux reflets mauves, l'âme du jour en nuées d'oiseaux. Dans un dernier râle, le jour s'en fut. La nuit soupirait, par l'appel des muezzins, sa perpétuelle victoire sur les collines fleuries de petites maisons lilas…


J'aimerai toujours Tanger le soir…

lambdaoui

pour ecrits-vains.com - septembre 2003

Commentaires

j'ai entendu les muezzins vers la fin, j'ai touché les maisons lilas, tes éléments sont proches des miens, et Mehdi7 ne sera que ravi de savoir que tu prends soin de Tanger come il adore faire :)
joliment décrit Lambdaoui.
Amitiès :)

Ecrit par : imanita | 07.03.2006

"C'était l'heure où, l'ombre de Paul Bowles planait sur le café de la plage en odeurs de girofles et de jasmin et où le ciel reflétait le regard enflammé d'un Matisse ou d'un Delacroix."

C'était l'heure, aussi, où un certain Choukri noircissait ses pages blanches tout en sirotant son litron de vin ou peut etre était-il en train de déguster les plaisirs de la chair chez ces filles de joies qu'il respectait et aimait tant...


Lambdaoui, ta plume excelle pour mon grand plaisir de lecteur dans le passage suivant :

"Je regardai le ciel. L'ombre du soir montait à l'assaut de la lumière fatiguée d'un jour agonisant, lacérant de griffes noires son manteau doré..."

Quand le jour céde son espace à la nuit...

Merci Lambdaoui pour ton "Tanger le soir".

Ecrit par : dima | 07.03.2006

C'était aussi l'heure où Mohamed Saïd, le cerveau tuméfié par sa faim d'elle, se cognait la tête contre le ciel... Pouvait-t-il faire quelque chose à part regarder le jour se craqueler en fissures oranges sur la ville...
La plage rejetait sur le sable devenu froid ses derniers amoureux, ses derniers ivrognes... Tanger le soir, c'est la fourmilière d'une folie collective qui revient enfin à l'air libre. C'est les enfants qui marchent dans les rues de la vieille ville en dodelinant contre les murs. C'est un vieillard en train de chier sur un terrain vague.
Vendeur de cacahuète, vendeur de corps. Le soir, tout se monnaie à Tanger. Sauf les souvenirs, sinon, ils seraient depuis longtemps sur un étal branlant du Souk drissia...
j'ai toujours aimé Tanger le soir, mais je n'avais pas le choix...

Ecrit par : mehdi7 | 08.03.2006

Ps: merci d'avoir pensé à moi Mister Lambda :-)

Ecrit par : mehdi7 | 08.03.2006

Je partirais bien pour Tanger ce soir...

Ecrit par : Sonia | 12.03.2006

Tanger la douce, Tanger l’impétueuse…je te redécouvre là, et je voudrai me jeter dans tes bars, tellement je suis en manque de toi Tanger ma muse, Tanger ma confidente

Ecrit par : meriame au pays de la film industry | 17.03.2006

Tanger, la ville d'un soir...
Tanger vit le soir, elle bouillonne...
J'aime bien!
A quand Rabat? Maskina l3assima est delaissée :(

P.S: Merci pour ton comment...

Ecrit par : Bsima | 28.03.2006

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